Une figure de succès de la région de Québec: un passage du pharma au cinéma. Originaire de Rivière-du-Loup, Marc LeBel a complété un baccalauréat en pharmacie à l’Université Laval et un doctorat au Massachusetts College of Pharmacy and Health Sciences de Boston.
À la fin de ses études, il s’est joint à une équipe de recherche sur les antibiotiques tout en étant professeur à l’Université Laval. Après six ans comme chercheur et enseignant, M. LeBel a pris la décision de démarrer son propre laboratoire.
En 1994, il a fait de son laboratoire une compagnie privée, Anapharm. À ce moment, l’entreprise de 8 employés était située dans les sous-sols du pavillon Vandry de l’Université Laval, juste aux côtés de la morgue!
En 2007, M. LeBel amorçait un nouveau départ en tant qu’entrepreneur en lançant une toute nouvelle entreprise : Les Productions Glaciel.
Comment vous définissez-vous ?
Aujourd’hui, je me défini plutôt comme un entrepreneur ou un homme d’affaires. À l’époque j’étais un chercheur et un entrepreneur. D’ailleurs, je pense que tous les chercheurs ont une fibre entrepreneuriale.
Lorsque vous avez fondé Anapharm, aviez-vous d’autres associés ?
En fait, nous étions deux, avec M. François Vallée qui était au départ mon assistant de recherche. Par la suite, il m’a suivi à l’Université et nous avons donc ensemble recommencé à zéro un nouveau laboratoire. Au moment de lancer Anapharm, nous nous sommes investis tous les deux corps et âmes. Nous avons également eu au départ des investisseurs qui nous ont aidés avec des mises de fonds, lesquelles nous ont permises de démarrer et de faire grandir la compagnie.
Dans cette aventure, avez-vous recherché à un moment des ressources externes ou mentors ?
Lorsque j’ai terminé mon doctorat, il y a des personnes qui m’ont servi de modèle et qui étaient des pharmaciens. Ils m’ont donné des entrées dans le domaine pharmaceutique. Pour Anapharm, nous avons analysé de près nos compétiteurs. Nous observions comment ils faisaient les choses et avons recruté des gens très compétents.
Est-ce que la vente d’Anapharm était pour vous un aboutissement logique ?
Quand on a démarré Anapharm en 1994 on s’était dit : « on aura 200 employés en 2000 ; nous étions plus de 250 employés en 2000 ». La vente de l’entreprise est arrivée un peu plus tôt que ce que l’on avait prévu ; ce sont les investisseurs de départ qui nous ont encouragés à vendre en 2002.
Quels sont les éléments qui vous ont permis de faire d’Anapharm une réussite ?
Je pense qu’on était têtus et très travaillants. Un des points tournants était de passer l’inspection de la FDA en 1998, ce qui nous a ouvert le marché des compagnies américaines et étrangères. C’est grâce au travail d’équipe que nous avons réussi.
Vous avez plusieurs projets qui ont pris place suite à la vente d’Anapharm ?
En effet, mais c’est assez balancé. Je suis impliqué sur le Conseil d’administration d’une compagnie manufacturière de Québec (SiliCycle) et par moment je m’implique sur certains comités internes. J’agis également en tant que coach pour Sinergia, une compagnie de services informatiques. Quant au projet « Ruby McCollum » c’est un film américain. Nous avons justement signé un acteur connu en août, Burt Reynolds.
Le projet de la maison de production est venu à quel moment ?
Après avoir quitté Anapharm en 2007, j’ai démarré la compagnie Productions Glaciel. Dans ce temps-là, c’était pour un projet de film sur le Nord Québécois (d’où le nom Glaciel) qui n’a pas marché. Ensuite, je suis tombé par hasard sur le projet d’un film américain :« Ruby McCollum ». Alors que j’étais administrateur sur le CA du Festival de cinéma des 3 Amériques, j’ai fait la connaissance de la fille de Hilary Saltzman, la fille du célèbre réalisateur des 9 premiers James Bond. Je me suis joint à ce projet. J’ai contribué financièrement pour acheter les droits du livre et maintenant je fais partie des cinq coproducteurs et suis Producteur exécutif de ce film.
Le film est-il pratiquement terminé ?
On devrait tourner au mois d’octobre prochain. Le tournage se déroulera aux États-Unis, toutefois le montage pourrait se faire à Québec.
Est-ce que les Productions Glaciel représente un projet à long terme ?
J’ai deux autres projets de film, dont un film d’animation, mais je n’ai pas l’intention de faire des dizaines de films. En fait, ce sera le premier film d’animation sur les Inuits.
Participez-vous aussi à l’écriture ?
Non, mais j’ai un projet d’écriture d’une comédie.
Vous êtes une figure de succès à Québec, quels sont les ingrédients de votre succès ?
Les succès viennent aussi des échecs ; j’ai connu plusieurs échecs. Après la vente d’Anapharm j’ai investi dans des compagnies biotech qui n’ont pas fonctionnés. Bref, ce n’était pas un succès. Je fais encore des erreurs très régulièrement. Je pense qu’il faut être déterminé et mettre tout le paquet. Pour moi, avoir d’autres projets m’a aidé à élargir mes horizons dans d’autres domaines.
Le pharmaceutique et le cinéma sont des domaines très différents.
Oui, mais il y a beaucoup de points en commun : les crédits d’impôt, la gestion de projet, le financement, etc.
Avez-vous d’autres projets à long terme ?
De façon générale, c’est de rester impliqué dans le domaine Biotech et pharmaceutique,
Pouvez-vous nous parler de votre implication sociale ?
Je me suis impliqué par le passé plutôt par intérêt pour monter mon réseau dans le domaine du cinéma. J’ai coaché des jeunes que j’ai pris sous mon aile dans le domaine pharmaceutique et Biotech. J’ai aussi contribué au comité de sélection des Fonds d'amorçage d'entreprises technologiques du Québec.
Qu’est-ce que le Fond d'amorçage ?
Le gouvernement du Québec a accordé 125 millions pour créer trois fonds d’amorçage en Biotech, Cleantech et en technologies de l’information. Il y a eu dix-sept candidatures présentées. En fait, c’est un modèle qui vient des États-Unis pour soutenir les entrepreneurs qui démarrent leur entreprise et qui ont de bonnes idées.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs qui lancent une entreprise ?
Ça prend beaucoup de détermination et de focus. C’est presque impossible de faire un démarrage tout seul. Il faut chercher une expérience complémentaire. C’est tout un défi de recruter des personnes plus compétentes que soit, c’est menaçant parfois.
Quel est l’élément le plus important selon vous dans un projet ou pour une entreprise ?
La qualité, j’y tiens beaucoup. Et le service à la clientèle aussi.
Y a-t-il des étapes plus importantes que d’autres au démarrage ?
Le réseautage est un challenge, il faut se référer à des personnes et des ressources pertinentes. Il faut se faire présenter et ouvrir des portes par d’autres. Il faut bien s’entourer, et bien évaluer ses forces et ses faiblesses. Il faut s’ouvrir au monde et avoir les bons outils. Enfin, il faut chercher des personnes qui sont meilleures que soi pour être complémentaire.
Y-a-t-il des éléments que vous changeriez si vous aviez la possibilité de revenir en arrière ?
J’aurai sans doute vendu Anapharm plus tard.
Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie en dehors du travail ?
Le cinéma. J’écoute un film par jour depuis 30 ans
Avez-vous d’autres passions ?
Je suis assez sportif, je fais beaucoup de vélo, de rollerblade et de ski l’hiver.
Quels sont les avantages et les inconvénients d’être entrepreneur ?
L’avantage principal c’est que lorsqu’on a une idée, on peut la partager avec les autres et réussir à convaincre les gens qui nous entourent d’embarquer avec nous.
Qu’est-ce qu’on ne connaît pas de Marc LeBel ?
J’ai des enfants dont je suis fier : une fille de 17 ans qui est une mordue de la dance et un fils qui est propriétaire d’un restaurant à Québec. Je crois qu’on a tous les deux la fibre entrepreneuriale. Et j’ai la chance d’avoir une amoureuse, prénommée Chantal.
Par Rémi Lachance, directeur du comité Le Métropôle, Septembre 2010